Les images arrivent...

Afficher les courants sur les cartes électroniques ?

Je titre volontairement cet article sous la forme d’une interrogation. De nombreux utilisateurs, tous pays confondus, souhaitent la visualisation des courants  dans les applications de Richard Ray. En effet, on ne trouve pas de fonction d’affichage des courants dans GPSNavX, MacENC et iNavX. C’est un choix délibéré du développeur car les sources de données de courants sont multiples et tous les services hydrographiques n’acceptent pas de fournir leurs fichiers au format numérique. De plus, les utilisateurs risquent fort de prendre des données affichées sur leurs cartes comme sûres et certaines, avec des conséquences qui pourraient engager la responsabilité de l’éditeur et des risques juridiques, surtout aux USA, trop grands pour le développeur.

La position des opposants

En octobre 2007, au cours d’une discussion sur le forum macsailing.net, August Hahn (éditeur de Mr Tides et de AyeTides) avait fourni les arguments suivants :

“Le NOAA met spécialement en garde contre l’interpolation des courants entre les stations (¹) :

“Les courants variant dans l’espace, les prédictions ne devraient pas être extrapolées même pour des zones proches. L’interpolation entre deux lieux voisins ne devrait pas être tentée. L’utilisation de ce type d’extrapolation serait hasardeuse.”

A moins de disposer d’un modèle de flux valide décrivant mathématiquement comment les courants varient dans le temps, il est impossible de prendre une station isolée et de créer une carte reflétant précisément les courants. Les programmes de navigation cités [dans ce fil de discussion] doivent utiliser des modèles très simples, ou bien les zones couvertes sont suffisamment simples (sans modification de dynamique dans le temps) pour leur permettre de formuler des prédictions basées sur des données limitées.
Par exemple, dans les San Juan Islands, les courants sont incroyablement complexes. Le Service des Pêches du Canada édite un ouvrage contenant environ 90 illustrations différentes de l’évolution des courants, basées sur la hauteur de marée et la durée du marnage d’une unique station. Les illustrations montrent des courants qui s’inversent, des contre-courants, des courants présentant des changements brutaux de vitesse et de direction en une heure. Modéliser de telles données représenterait des heures de calcul d’ordinateur, impossible à réaliser pour un simple utilisateur.
Regardez l’exemple ci-dessous et vous comprendrez que des vecteurs de courant sont une chose dont ni Richard Ray ni moi ne souhaitons approcher.”
San Juan Island

Abords de San Juan Island – Washington USA

Ce à quoi Richard Ray, éditeur de GPSNAvX/MacENC/iNavX, avait renchéri :

“MacENC a toujours évité l’interpolation de données (ex. prévisions GRIB incluant les courants) car ce type de postulat linéaire conduit de façon certaine à des erreurs significatives.”

Le problème des américains est qu’ils ne disposent pas de fichiers de courants numérisés pour chaque station, avec des données heure par heure vectorisées. Les développeurs devraient donc réaliser eux-même ces fichiers, par extrapolations linéaires entre chaque station de courants, ce à quoi ils se refusent avec beaucoup de bon sens.

Et pourtant…

Des applications majeures proposent des fichiers de courants à superposer sur les cartes. MaxSea par exemple, a intégré des fichiers de courants disponibles pour certaines zones du Monde dans sa cartographie Mapmedia (²), sans se préoccuper des conditions d’utilisation, autrement que de rédiger des mises en garde dégageant leur responsabilité. Ces données restent très générales, les utilisateurs devant en faire un usage prudent, car les variations météo peuvent considérablement modifier les caractéristiques des courants.

mapmedia

Option courants dans Mapmedia

Plusieurs éditeurs de logiciels, ainsi que des acteurs de la course océanique, se fournissent auprès de la société australienne Tidetech, qui propose des fichiers GRIB de courants de marée et de courants océaniques pour plusieurs régions du globe, issus de leurs propres modèles de marées, et à partir des données disponibles provenant de différents services océanographiques (NOC et NCOF au Royaume-Uni, ESEO en Espagne, DFMHA en Allemagne, etc.(³)). Bien entendu ces fichiers sont payants, pour les particuliers, sur souscription (environ 35€  l’abonnement d’un mois) ou bien font l’objet de négociations commerciales pour les éditeurs professionnels.

tidetech

Exemple de fichier océanique © Tidetech

Malheureusement, les côtes de France sont absentes de leurs zones. Et pour cause.

En France

Le SHOM publie jusqu’à ce jour ses relevés de courants sous forme d’atlas papier par zones couvrant les côtes de France. Bien connus des navigateurs depuis des lustres, ces atlas ont fait l’objet ces deux dernières décennies d’une refonte complète par l’intégration de données entièrement numérisées. A partir de 1995, en effet, le SHOM a entrepris de constituer une Base de Données Bathymétriques (BDBS) destinée à rassembler sous forme numérique l’ensemble des données bathymétriques dont il dispose. La modélisation numérique des courants a bénéficié pleinement de ce progrès qui a permis d’atteindre aujourd’hui la résolution souhaitée dans les zones où les fonds tourmentés génèrent des courants très variables.

shom iroise

Courants en mer d’Iroise – SHOM

Le SHOM édite également ces données sous la forme d’un produit numérique : Courants de marée des Côtes de France (Manche – Atlantique) uniquement destiné aux professionnels des systèmes d’information. Les éditeurs peuvent donc utiliser ces fichiers pour les intégrer dans leurs applications de navigation, et les commercialiser en respectant le contrat de diffusion de cet établissement public.

Grâce à cela, la société ScanNav, éditeur français du logiciel éponyme sous Windows, propose un module Marée, extension de son application, qui comprend :

  • Une licence permettant l’affichage des courants de marées issus des données du SHOM en superposition des cartes aux heures choisies. Les données de marées étant calculées par le programme externe WXTide ().
  • Des zones de courants correspondant exactement au découpage des atlas papier du SHOM.
scannav courants

Atlas de courant en superposition sur ScanNav

D’autres éditeurs français, dont Eole Informatique avec son logiciel Noé, proposent les fichiers de courants du SHOM, en option, avec leurs logiciels de navigation.

Mon opinion

Fournir des fichiers GRIB de courants, provenant de services hydrographiques reconnus, ne me paraît pas plus risqué que de fournir des fichiers GRIB de prévisions météorologique. Dans les deux cas il appartient au navigateur d’utiliser avec discernement les informations à sa disposition, et de les recouper avec l’observation.

Un échouage provoqué par un calcul de marée erroné peut aussi bien arriver (j’écris en connaissance de cause) qu’une sortie rendue aventureuse par une mauvaise prévision météo. Les informations ne sont pas simplement en cause, mais leur recoupement et leur interprétation sont de la responsabilité et de la compétence du navigateur.

De ce fait, je m’accorde avec ceux qui réclament des fichiers de courants avec leur cartographie électronique, et tout au moins que les logiciels soient rendus compatibles avec les fichiers disponibles, particulièrement les fichiers au format GRIB, légers et faciles à superposer sur les cartes. Malheureusement en France, le Service Hydrographique et Océanographique de la Marine n’est pas encore disposé à permettre aux éditeurs de logiciels de délivrer leurs fichiers de courants au format GRIB, encore moins à les mettre à la disposition des particuliers. C’est d’autant plus regrettable que l’évolution de la plaisance vers la cartographie électronique est largement commencée, et que les données de courants sont indispensables à la sécurité de la navigation.

(¹) Rappelons que les USA sont équipés de stations de courants donnant des prédictions de vitesse et de direction de courants comme les stations de marées donnent les heures et hauteurs d’eau en un lieu donné.
(³)
NOC – National Oceanography Centre
NCOF- National Centre for Ocean Forecasting
DFMHA – Deutsche Federal Maritime and Hydrographic Agency
ESEO – Establecimiento De Un Sistema Espanol de Oceanografica Operacional
() La même source que Mr Tides et AyeTides de August Hahn. Il est à noter que ScanNav a obtenu récemment du SHOM les données de prévisions de marées sous forme numérique et l’autorisation de les intégrer dans son application.
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3 commentaires

  1. Tessier dit :

    Et pourtant il y a aussi Navionics sur iPhone qui donne pour un certain nombre de stations les courants en temps réel …
    Quid de la précision ?
    Merci pour les articles toujours très intéressants
    Frederic Tessier

    1. Francis dit :

      Pour Navionics Mobile, je ne connais pas leurs sources de données, je vais enquêter.

    2. Francis dit :

      Depuis Navionics Mobile 1.0 (décembre 2010) les courants des cartes françaises sont reproduits à partir des cartouches de courants disponibles sur les cartes du SHOM. Les calculs de marées sont principalement issus du programme XTide.