Navigation Mac

Le blog

Routage et précautions d’usage

Avec l’arrivée d’applications de météo-routage très performantes sur nos tablettes et smartphones, comme Weather4D PRO et SailGrib WR, à des prix réellement abordables, le routage se démocratise pour la navigation de plaisance. La qualité de ces applications séduit déjà les régatiers amateurs, et même certains coureurs de haute-mer professionnels, mais également un nombre croissant de plaisanciers. Les régatiers utilisent le routage dans un souci essentiel de performance, réaliser la route la plus rapide d’un point à un autre, alors que les plaisanciers attachent plus d’importance à en obtenir des routes plus sûres et plus confortables. Pour ces derniers, la notion de vitesse sert surtout à éviter des périodes de mauvais temps, et la route optimisée à échapper à des zones où les conditions de mer et de vent peuvent être dangereuses. Le routage sert aussi à cela : même en motonautisme, on peut chercher à éviter des forces de vent ou des hauteurs de vagues trop importantes pour garantir à son équipage d’effectuer un trajet confortable et serein. Mais quel crédit accorder au routage ?

Peut-on croire au routage ?

Je constate, à parcourir un certain nombre de forums consacrés à la navigation de plaisance, autant en France qu’outre-Atlantique,  que beaucoup de pratiquants se jettent sur cet outil de manière un peu béate, et sans réellement prendre la mesure de ses limites. Il me semble important de rappeler que le routage n’est qu’un outil d’aide à la décision du navigateur, dont l’ensemble des composants est basé sur des prédictions hypothétiques : météo, courants, polaires de vitesse, ce qui le rend parfaitement aléatoire, donc impose une absolue circonspection.

• Les prévisions météorologiques et de courants :

D’énormes progrès ont été réalisés depuis plusieurs décennies pour prévoir le temps qu’il fera sur la planète, à terre comme en mer, dans le principal but de prévenir les catastrophes naturelles, mais également de satisfaire aux exigences des trafics aériens et maritimes, ferroviaires et routiers, à l’agriculture et combien d’autres utilisations. Les plaisanciers disposent donc aujourd’hui de prévisions météo de plus en plus fiables, pour des zones de plus en plus réduites. Certains modèles de prévisions peuvent fournir des données tous les kilomètres, heure par heure à échéances de 24 à 36 heures, tous les 4 km à échéances de 48 heures, 16 km à échéances de 96 heures environ. c’est ce qu’on appelle les modèles à mailles fines (¹). Les modèles dits « globaux » pouvant couvrir le monde entier proposent des prévisions pour la navigation maritime sur des mailles larges de 30 à 120 Milles Nautiques à échéances de 8 jusqu’à 16 jours. C’est le cas du modèle GFS américain (¹) diffusé gratuitement pour le monde entier. Ces modèles à long terme présentent pour de vastes zones une fiabilité qu’on peut approximativement qualifier de 90% à 3 jours, 50% à 5 jours, et de tendance au-delà. Ils permettent de voir la distribution et l’évolution des phénomènes, à l’échelle de l’Atlantique Nord par exemple.

Des prévisions de courants océaniques et courants de marée, tout aussi fiables, sont désormais disponibles, en provenance de la société Australienne TideTech ou de l’organisme européen MyOcean (²) fréquemment évoqué sur ce blog. Ces prédictions à plusieurs jours pour les courants océaniques se réduisent à quelques heures pour les courants côtiers avec une haute résolution, mais n’approchent encore pas une précision suffisante pour les courants de marées locaux.

• Les polaires de vitesse

Les polaires de vitesse sont généralement issues de programmes spécialisés appelés VPP (³) combinés à des programmes d’architecture navale. Elles sont donc le plus souvent fournies par les architectes ou les chantiers de construction. L’ennui c’est qu’elles sont parfaitement théoriques, et peuvent être facilement dégradées en fonction de la charge du bateau, de l’état des voiles et de la carène, de la qualité du barreur (ou du pilote automatique), et de mille autres facteurs diminuant les vitesses cibles théoriques. Les applications de routage, de ce fait, proposent généralement la possibilité d’appliquer un coefficient de minoration globale de la polaire. Tout cela apporte un certain facteur d’imprécision.

Routage, distance et maille

La mise en oeuvre du routage nécessite un certain bon sens. Il convient de garder une proportion raisonnable entre la distance à parcourir et la maille du fichier météo utilisé. Pour exagérer, un parcours de 60 milles nautiques avec un fichier GFS à 0,5° (30MN) ne pourra jamais donner un routage pertinent. Cela va sans dire, mais encore mieux en le disant. Si on ne dispose que de ce type de fichier, on ne peut raisonnablement optimiser qu’une route comportant au moins 10 points de grille, soit au minimum 300 milles, mais en aucun cas router un tour de Belle-ile, comme je l’ai lu quelquepart. Ça n’a pas de sens !

Dans les exemples ci-dessous je compare justement un routage sur un parcours théorique de 150 MN, avec un fichier GRIB GFS à 0,5° et un fichier GRIB à maille fine WRF France à 0,04° (2,4 MN)

Avec fichier GFS et sans courant, le routage apporte un gain de 5 heures sur la route directe, mais fait passer par une zone de vents forts.

La route optimisée ci-dessus présente 23 waypoints correspondant à 23 isochrones de calcul. on constate qu’il y a entre 3 et 4 isochrones entre deux points de grille, le calcul doit donc opérer une interpolation linéaire géométrique des données et une interpolation temporelle entre deux points de grille. A vent et courant constants, cela n’a guère d’incidence sur le résultat, mais si les variations en force et direction sont importantes en cours de route, le résultat peut être sensiblement faussé.

Avec le fichier WRF France, la route est plus précise en suivant au plus près les variations du vent mais n’évite pas la zone de vents forts.

Avec la maille fine, en s’approchant plus de la route directe, on constate que le gain n’est plus que de 2 heures à l’arrivée. Le routage vaut-il d’être suivi ? En l’occurence la route directe, un peu moins rapide mais effectuée dans des conditions de vent médium, n’est-elle pas préférable ? Pour ma part c’est le choix que je ferais, sauf bien entendu si j’étais en régate. Mais je suis en croisière et je ne veux fatiguer ni le bateau ni les estomacs. Il faut donc toujours avoir une très bonne raison pour s’écarter de la route directe !

Il suffit de comparer la maille des deux fichiers pour se convaincre de la nécessaire proportion à conserver entre la distance à parcourir et la résolution du modèle à utiliser :

En agrandissant la carte on constate qu’une grande densité de données entre deux isochrones permet un calcul plus précis, surtout si les données varient au fil du parcours.

Je citerai Pierre-Yves Goemans, un navigateur belge familier de zones de navigation à forts courants et aux fréquents changements de temps, qui écrivait sur son blog l’an dernier:

Faut-il donc croire au routage à l’échelle de quelques centaines de milles?
Oui à condition de ne pas utiliser les résultats de façon plus précise que ne sont les données ! La grande leçon que je tire de cette première expérience, est qu’il faut pouvoir analyser les résultats et comprendre les options de route proposées par l’outil, afin de faire les choix stratégiques de navigation, en tenant compte de l’incertitude inhérente aux données… Telle option audacieuse, vers la côte ou le large, reste-t-elle valable si le vent tourne un peu ou a une force un peu différente? Question à laquelle il n’est pas toujours facile de répondre…

Sage réflexion que j’offre à la méditation de tous, et que je ne manquerai pas de me rappeler.


(¹) Voir l’entrée « Modèles de prévisions » dans le Glossaire.
(²) Weather4D PRO 1.3.3 améliore encore le routage
(³) Velocity Predicting Program

Article relatif :
Cartes électroniques, routage et rase-cailloux

Facebooktwittermail

Auteur : Francis

Depuis 2009 formateur conseil indépendant en informatique pour la navigation de plaisance. Traducteur de plusieurs applications de navigation sous iOS et MacOS. Professionnel de la navigation de plaisance pendant plus de 25 ans, je dispense de la formation aux applications ainsi que du conseil et de l'assistance pour l'intégration des appareils mobiles (tablettes, smartphones) à bord des bateaux de plaisance.

3 Commentaires

  1. C’est toujours un plaisir de prendre connaissance de commentaires mesurés et éclairants de cet excellent blog.
    Merci Francis

  2. Merci encore Francis pour toute la somme de renseignements gratuits dispensés dans vos blogs.
    Cordialement,
    Philippe

  3. Como siempre Francis, gracias por tus acertadas clases sobre la moderna técnica de navegación fundamentadas en las altas tecnologías de la informática actual introducidas en tus blogs.
    A.B.V.